IFPRI: 2020 Brief 46
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French 2020 Brief

Récapitulatif 2020 n46

Vision 2020 pour l'alimentation, l'agriculture et l'environment
Juin 1997

Agriculture, commerce et régionalisme en Asie du Sud

Dean A. DeRosa et Kumaresan Govindan

Un important débat s'est engagé entre les pays du monde entier à savoir s'il convient de rechercher le régionalisme par le biais d'accords commerciaux préférentiels plutôt que d'adopter des démarches orientées davantage vers l'extérieur pour assurer l'expansion des échanges commerciaux. Ce débat comporte des incidences profondes non seulement pour la sécurité alimentaire mais également pour d'autres dimensions du bien-être économique et d'atténuation de la pauvreté dans les pays en développement.

Sous l'égide du GATT (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce) et l'OMC (World Trade Organization - Organisation mondiale du commerce) de création récente, la plupart des pays s'orientent, depuis quelques années, vers une libéralisation d'ensemble de leurs politiques et de leurs pratiques commerciales. Parallèlement, les blocs commerciaux régionaux, notamment le marché "unique" de l'Union européenne et l'Accord de libre-échange nord-américain passé entre le Canada, le Mexique et les Etats-Unis, ont également vu leur importance croître. Ces blocs constituent une gageure éventuelle pour l'objectif de l'OMC : la liberté des échanges commerciaux mondiaux.

Les pays d'Asie du sud (Bangladesh, Bhoutan, Inde, Maldives, Népal, Pakistan et Sri Lanka) ont mis en place une instance officielle pour la coopération économique, nommée l'Association d'Asie du sud pour la Coopération économique (South Asian Association for Regional Cooperation - SAARC) et sont convenus d'établir un bloc commercial régional, nommé l'Accord d'échanges commerciaux préférentiels du SAARC (SAARC Preferential Trading Arrangement - SAPTA).

Pour les décideurs d'Asie du Sud, il est important de déterminer si le bloc commercial proposé, qui alignerait les économies d'Asie du Sud plus étroitement les unes par rapport aux autres, offrirait des avantages plus intéressants que la libéralisation commerciale fondée sur une formule de nation la plus favorisée, qui constitue la pierre angulaire du GATT et de l'OMC, et qui alignerait les économies de la région plus étroitement non seulement les unes par rapport aux autres, mais également par rapport aux économies de la région Asie-Pacifique et le monde dans son ensemble.

Schémas Commerciaux Régionaux Actuels

Bien que les produits primaires soient des exportations particulièrement importantes pour le Pakistan et Sri Lanka, la diversification de la base des exportations des quatre principaux pays d'Asie du Sud (Bangladesh, Inde, Pakistan et Sri Lanka) est plus vaste que celle de nombreux pays de faible revenu. Le Bangladesh et l'Inde sont souvent classés dans la catégorie des exportateurs principalement de produits manufacturés, notamment ceux demandant une forte intensité de main-d'oeuvre et les articles manufacturés légers.

Les importations de denrées alimentaires sont lourdes. Elles représentent 10% du total des importations pour l'Inde, 15 à 20% pour le Pakistan et le Sri Lanka, et 30% pour le Bangladesh. Les importations manufacturées de ces quatre pays se concentrent principalement sur les articles manufacturés légers, les machines et l'équipement à forte intensité de capital.

Les pays d'Asie du Sud échangent des biens principalement avec les pays en-dehors de la région. Leurs partenaires commerciaux les plus importants, qui représentent plus de 50% du total de leurs échanges commerciaux, sont les grands pays industrialisés de l'Union européenne, ainsi que les Etats-Unis et le Japon. Une grande partie (40%) des échanges commerciaux de la région se déroule avec les pays de la région Asie-Pacifique, y compris la Chine, les pays d'Asie du Sud-Est, l'Australie, la Nouvelle Zélande, et les pays de haut revenus d'Asie de l'Est (Hong Kong, le Japon, la Corée, Singapour et Taïwan).

Les pays d'Asie du Sud n'entretiennent pas des échanges commerciaux exhaustifs entre eux. Ces derniers, par rapport au total des importations de l'Asie du Sud, ne représente pas plus de 3%, ce qui reflète notamment les échanges commerciaux particulièrement restreints entre l'Inde et le Pakistan. Les échanges commerciaux intra-régionaux portent principalement sur les denrées alimentaires (37%) et les matières premières agricoles (17%).

Mesures De Protection

Depuis le début des années 90, les pays d'Asie du Sud ont lancé d'importantes réformes économiques conçues pour abaisser les niveaux de protection. L'objectif des réformes consiste à réduire ou à éliminer les contrôles étatiques commerciaux des prix des importations, ainsi que les formules de substitution des importations, par exemple des droits douaniers élevés et des quotas exhaustifs. Ces réformes sont très souhaitables en Asie du Sud, puisque tous les pays de la région (à l'exception du Sri Lanka) ont toujours entretenu de niveaux élevés de protection. Selon des données des Nations Unies, datant de 1992, les tarifs douaniers et autres charges imputées aux importations se situent en moyenne à plus de 70%. Les restrictions quantitatives et autres entraves non tarifaires ont également été monnaie courante.

L'accord commercial régional proposé, le SAPTA, fixerait des termes préférentiels pour tous les biens faisant l'objet d'échanges commerciaux, notamment les produits agricoles et autres, primaires, sous forme semi-transformée et sous forme brute.

Le Sapta, La Meilleure Option Pour La Région ?

Une question reste : l'accord commercial régional fondé sur les droits de douane et autres préférences commerciales, au lieu d'une non discrimination dans le droit fil du principe de la nation la plus favorisée, est-il le plus avantageux pour la région ?

L'analyse de modélisation fondée sur un simple contexte de demande des importations soulève quelques questions de poids quant à la démarche du SAPTA. L'analyse tient compte de deux démarches préférentielles en matière de libéralisation des échanges commerciaux. Elle aborde tout d'abord les effets de l'élimination des charges tarifaires et autres imputées aux exportations, au sein du bloc régional. Cette démarche est discriminatoire par rapport aux importations provenant de l'extérieur de la région, puisqu'elle produit de lourdes incitations en vue de remplacer par des biens de production régionale des produits de production étrangère, éventuellement moins onéreux. Ensuite, l'analyse étudie les répercussions de relations économiques plus étroites entre l'Asie du sud et l'instance de Coopération économique d'Asie-Pacifique (APEC), découlant de l'abaissement unilatéral des barrières opéré par les pays d'Asie du Sud en faveur des importations des pays de l'Asie-Pacifique. Et enfin, l'analyse e penche sur les incidences d'une réduction de la protection, en Asie du Sud, en faveur des importations de tous les pays, en d'autre termes, une libéralisation générale des échanges commerciaux, sur une base non discriminatoire. Dans le contexte de chacune de ces trois démarches, les charges tarifaires et autres sont présumées être réduites à zéro et les barrières non tarifaires font l'objet d'une libéralisation.

figure 1Selon le modèle, en vertu de la démarche du SAPTA, l'ensemble des échanges commerciaux entre les pays d'Asie du Sud augmenterait d'environ 0,841 milliard de dollars américains. Les échanges commerciaux intra-régionaux de produits manufacturés augmenterait de 0,2 milliard de dollars américains, et les échanges commerciaux intra-régionaux de produits primaires de 0,6 milliard de dollars (dont 0,4 milliard de denrées alimentaires). Toutefois, près de 75% de l'augmentation totale des échanges commerciaux (0,628 milliard) découlerait d'un détournement des échanges de pays en dehors de l'Asie du Sud vers des pays de la région. Les importations relevant du SAARC, de tous les pays, ne progresseraient que de 0,213 milliard de dollars, soit 1% (figure 1).

Par comparaison, la libéralisation des échanges commerciaux avec les pays d'Asie Pacifique, en vertu du SAARC, produit une augmentation totale de 4,8 milliards de dollars des importations d'Asie du Sud, 3 milliards pour les produits manufacturés et 1,8 milliard pour les importations de produits primaires (dont 1,3 milliard d'importations alimentaires). L'estimation des échanges commerciaux détournés se situe à quelque 55% du total de la progression, soit bien en-deçà des 75% prévus en vertu du SAPTA.

figure 2La libéralisation des échanges commerciaux, relevant du SAARC, avec le monde entier produirait une augmentation de 12,5 milliards de dollars des importations d'Asie du sud, sans détournement connexe des échanges commerciaux. Cette augmentation englobe 7,6 milliards de produits manufacturés et 4,8 milliards de produits primaires (dont 1,7 milliard d'importations alimentaires). Ces augmentations étofferaient sensiblement la sécurité alimentaire et le bien-être économique d'ensemble de la région. Selon le modèle, le bien-être économique, mesuré à l'aune des excédents de consommation, connaîtrait une amélioration de 5,6 milliards, soit plus de 25 fois l'amélioration du bien-être économique intervenant dans le cadre du SAPTA, et une fois et demi celle intervenant dans le cadre de la libéralisation SAARC-APEC (figure 2).

Et enfin, les échanges commerciaux entre les blocs d'Asie du Sud connaîtraient une expansion plus large en vertu du SAPTA que dans le cadre soit de l'option Asie-Pacifique, soit des options non discriminatoires de libéralisation des échanges commerciaux. Toutefois, en ce qui concerne ces deux dernières options, la sécurité dans la région connaîtrait une amélioration en raison de la spécialisation plus marquée de la production et de l'expansion mondiale des exportations du SAARC.

Cette analyse semble indiquer que l'accord du SAPTA pourrait apporter d'importants avantages à la région, mais que les pays d'Asie du Sud pourraient retirer de plus importants progrès des échanges commerciaux et du bien-être économique en intensifiant leurs efforts d'intégration de leurs économies dans l'économie mondiale, ou dans les économies de la région Asie-Pacifique. En outre, en prenant pour point focal les régimes de préférences commerciales régionales, l'on nuirait à la progression d'une libéralisation commerciale généralisée, dans la région et au potentiel de cette dernière en matière de promotion de l'agriculture et de la sécurité alimentaire.

Dean A. DeRosa est économiste principal auprès d'ADR International, Ltd., un cabinet d'expertise-conseil international en politique commerciale, à Falls Church en Virginie (Etats-Unis). Kumaresan Govindan est analyste de la recherche dans la division "Markets and Structural Studies" de l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires.


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