IFPRI: Recapitulatif 2020 n51, Juillet 1998
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French 2020 Brief

Récapitulatif 2020 n51

Vision 2020 pour l'alimentation, l'agriculture et l'environment
Juillet 1998

Possibilités Technologiques pour Appuyer la Croissance de la Productivité du Blé Vers l'Horizon 2020

Prabhu L. Pingali et Sanjaya Rajaram

La révolution verte a eu une profonde incidence positive sur la sécurité alimentaire dans le monde en développement. L’utilisation accrue de variétés modernes de blé (consulter le tableau) a permis de démentir l’état d’esprit des années 70 selon lequel le monde allait manquer d’aliments. Mais les prévisions de l’IFPRI indiquent que la demande mondiale de blé augmentera de 40% d’ici 2020 alors que les ressources disponibles pour sa production diminueront sensiblement. Pour la première fois depuis le début de la révolution verte, de graves préoccupations surgissent quant à l’avenir de l’approvisionnement en blé. Pour remplir la demande prévue, les chercheurs et les décideurs se doivent de constater que les marchés alimentaires mondiaux progressent dans leur intégration, que les ressources agricoles consacrées à la production des cultures sont retranchées et que les systèmes de recherche font face à des budgets en régression.

Une productivité accrue du blé est nécessaire dans des zones marginales et de forte potentialité. Il conviendrait que la recherche relative aux cultures et à la gestion des ressources s’axe sur l’amplification de l’efficience de l ‘utilisation des intrants dans les environnements de forte potentialité, et sur la conservation de l’humidité et la rentabilité dans les environnements marginaux. En outre, la recherche sur le perfectionnement génétique est nécessaire pour faire progresser les limites de rendement du blé et assurer la stabilité de ce même rendement. Et enfin, il conviendrait de s’efforcer afin de garantir aux pays en développement l’accès aux germoplasmes et aux informations scientifiques.

RELEVER LA PRODUCTION DE BlÉ DANS LES RÉGIONS DE HAUTE ET DE FAIBLE POTENTIALITÉ

Le rythme de la croissance de la productivité du blé s’est sensiblement ralenti ces dix dernières années par rapport aux deux décennies précédentes. Il existe toutefois des possibilités d’augmentation des rendements dans les régions tant de haute que de faible potentialité.

Environnements de haute potentialité

Dans les régions de haute potentialité, quatre variations du secteur de la production du blé auront une incidence sur la progression du rendement : (1) l’intégration accrue des marchés alimentaires mondiaux et la libéralisation des importations de blé, (2) l’atténuation du souci d’auto-suffisance alimentaire des pouvoirs publics des pays en développement, (3) la suppression des subventions pour les extrants et les intrants, accordées aux producteurs de blé, tant dans les pays industrialisés que dans les pays en développement, et (4) la régression de longue durée des prix réels du blé, associée à l’augmentation des coûts des intrants, notamment de la main-d’oeuvre, des terrains et de l’eau. En outre, la réduction des dépenses d’irrigation a refréné l’expansion des zones irriguées, entravé l’entretien approprié des infrastructures existantes et ralenti la croissance de la productivité.

Etant donné ces changements du contexte économique, la compétitivité de la production de blé sera tributaire de la potentialité d’une réduction marquée des coûts de production unitaires, qui sont possibles soit par une réorientation des limites du rendement ou par une augmentation de l’efficience de l’utilisation des intrants.

Pourcentage de la superficie de production de variétés modernes de blé
Région 1970 1977 1983 1990 1994

Afrique subsaharienne 5 22 32 52 59
Asie de l’Ouest/Afrique du Nord 5 18 31 42 57a
Asie (Chine exclue) 42 69 79 88 91
Chine n.a. n.a. n.a. 70 70
Amérique Latine 11 24 68 82 92
Tous les pays en développement 29b 41b 59b 70 78

Sources: D. Byerelee et P. Moya, Impacts of International Wheat Breeding Research in the Developing World (Incidences de la recherche phytogénétique sur le blé dans les pays en développement), CIMMYT, 1993 et CIMMYT, World Wheat Facts and Trends (Statististiques et tendances mondiaux du blé) (1995-96).
N.B.: Ces données excluent les variétés hautes distribuées depuis 1965. En incluant ces variétés, la superficie en question augmente.
aCertains pays importants, tels que le Maroc et l’Iran ne sont pas inclus.
bA l’exclusion de la Chine

Trois stratégies distinctes, mais reliées, sont appliquées pour obtenir modification sensible des limites de rendement du blé. Les perspectives dans ce sens, au cours des dix prochaines années, sont excellentes. Toute d’abord, de nouvelles générations de variétés de blé sont produites principalement pour les environnements irrigués et de haute pluviosité, où des augmentations économiques de rendements sont restreintes à partir des cultivars existants. Deuxièmement, trois circonstances récentes amplifient l’intérêt de la ré-évaluation des hybrides : l’amélioration des agents chimiques d’hybridation, les progrès de la biotechnologie et l’émergence d’un nouveau type de plante de blé. Troisièmement, l’incorporation des gènes souhaitables à partir de plantes sauvages constitue une source importante de valorisation de la diversité génétique des espèces cultivées.

La rentabilité des systèmes de production du blé en environnement de forte potentialité est extrêmement tributaire des technologies de gestion agricole afin de décupler l’efficience des intrants. Le système d’arrosage en sillons, de plantation en planche et culture restreinte, qui conjugue la plantation de blé en planches et la technologie traditionnelle de culture sur ados, possède un potentiel énorme pour diminuer l’intensité de consommation des ressources et relever la durabilité des systèmes de culture irriguée du blé . L’amélioration de l’utilisation des engrais, des pratiques de désherbage et la gestion de l’irrigation aboutit à des efficiences de production et des économies notables pour les agriculteurs.

Environnements de faible potentialité

Dans quelle mesure conviendrait-il que la recherche se penche sur la technologie destinée aux environnements de faible potentialité ? Pour les grands pays, dont la demande intérieure de blé est importante, par exemple l’Inde et la Chine, les investissements destinés aux environnements défavorables sont essentiels pour garantir un approvisionnement alimentaire fiable, même si ces pays sont intégrés dans l’économie mondiale. Pour les pays possédant une plus petite superficie propice à la culture du blé, la réponse dépend au fond du degré d’intégration mondiale de leurs économies.

Dans les environnements agricoles marginaux, il est de plus en plus difficile d’obtenir des hausses des gains de productivité. En ce qui concerne les variétés, bien que des gains aient été obtenus par l’exploitation des avantages en ruissellement des germoplasmes, mis au point pour les environnements irrigués, de plus amples gains ne pourraient venir que d’efforts phyto-génétiques visant les caractéristiques précises des environnements marginaux en question. Pour ce qui est de la gestion, peu d’efforts ont été déployés pour élaborer des éléments de gestion agricole praticables dans les environnements marginaux. Ces pratiques seraient sans doute différentes de celles appliquées en environnement irrigué. Il existe de réelles possibilités d’augmentation des rendements dans ces domaines.

La sécheresse touche environ 20% de toutes les régions productrices de blé. Une meilleure résistance à la sécheresse des variétés de blé aboutirait à une sécurité alimentaire affermie pour les habitants de ces régions. En outre des zones prédisposées à la sécheresse, les environnements de culture irriguée du blé subissent, de plus en plus, une raréfaction de l’eau. Les variétés xérophiles réduiraient la variabilité hydrique dans les environnements favorables. Les cultures de blé produites dans les régions tropicales subissent souvent des températures élevées au zénith de la saison de croissance. Le stress thermique entraîne indirectement une réduction des rendements en ayant une incidence directe sur diverses composantes de ce dernier. Les chercheurs observent les rendements des cultures afin d’établir une sélection selon la résistance à la sécheresse, et plusieurs lignes ont été distribuées.

Les sols acides se trouvent d’ordinaire dans les régions de plus forte pluviosité, où les forêts et les savanes constituaient autrefois la végétation autochtone. Les travaux réalisés dans différentes régions, par exemple le Brésil, ont abouti à de nouvelles variétés de blé qui conservent leurs caractéristiques naturelles propices tout en offrant un rendement potentiel de 30% supérieur à celui des anciennes variétés.

Les environnements marginaux font face à bien d’autres difficultés : conjugaison de la résistance à la sécheresse et la chaleur, suppression des déficiences de nutriments et de la salinité, amélioration des technologies de gestion des cultures et des ressources, et diversification des systèmes agricoles et d’entreprise.

POLITIQUES DE RECHERCHE ET D’ECHANGES INTERNATIONAUX D’INFORMATIONS

Les échanges mondiaux, autonomes et généralisés, de germoplasmes constituent un facteur important de la réussite qu’a connue la révolution verte. Les effets de ruissellement internationaux des résultats des recherches, associés aux économies d’échelle en résultant, ont amené les pays producteurs de blé, petits et grands, à tirer parti des investissements effectués dans la recherche sur le blé. Les questions décisionnelles suivantes auront une incidence sur la progression de la productivité du blé :

La libéralisation des marchés alimentaires mondiaux : au fur et à mesure de l’intégration de l’économie alimentaire mondiale, il se révélera plus rentable, pour les pays en développement, d’emprunter les germoplasmes du blé destinés à leurs régions productrices de blé et de diriger leurs propres ressources de recherche agricole vers des cultures commerciales lucratives. La libéralisation des marchés alimentaires, en soi, pourrait mener à étoffer les relations internationales en matière de recherche sur le blé.

L’urbanisation et l’économie politique de la recherche agricole : l’approvisionnement intérieur en blé pour remplir la demande urbaine proviendra, de plus en plus, d’exploitations agricoles de grande taille, mécanisées, situées dans des régions irriguées ou de forte pluviosité. Puisque l’adaptabilité du germoplasme du blé destiné à ces environnements ne s’arrête pas aux frontières nationales, le développement économique permettrait aux pays de s’appuyer davantage sur la coopération internationale en matière de recherche pour l’amélioration du blé.

Le renforcement des capacités des systèmes nationaux de recherche agricole (SNRA) : les effets de ruissellement de la recherche sur le blé seront bénéfiques aux pays possédant une petite superficie de production de blé qui adopteront l’hybridation, et aux pays possédant une plus grande superficie de production de blé dont les programmes d’hybridation exigent de nouveaux matériels phyto-génétiques. Une solide capacité des SNRA, quel que soit le type de pays, aboutirait à une plus forte interdépendance internationale dans le domaine des activités de bonification des germoplasmes.

Le progrès des sciences agricoles : l’application des tous nouveaux outils scientifiques à l’hybridation du blé exigera une collaboration étroite entre les institutions des pays industrialisés, les centres internationaux et certains programmes nationaux des pays en développement. Les avantages des effets de ruissellement de ces sciences sont très importants et les rapports internationaux en seront valorisés.

La régression des droits de propriété intellectuelle (DPI) : en raison des DPI, les agro-généticiens sont moins disposés à distribuer leurs lignes hybrides par crainte de mettre en danger les futures redevances, et puisque la recherche de valorisation génétique peut potentiellement produire des découvertes brevetables, les ressources à cet effet pourraient être diminuées d’autant. Ainsi, l’application des DPI pourrait réduire sensiblement les échanges de germoplasmes de blé et restreindre l’accès des pays en développement à la recherche sur le blé et aux rendements accrus.

CONCLUSIONS

Etant donné la progression constante de la demande de blé qu’entraîne la poussée démographique et des revenus, la croissance de la productivité du blé au fil des vingt prochaines années devra, au minimum, équivaloir au taux enregistré au cours des trente dernières années afin de remplir l’augmentation de la demande prévue par l’IFPRI. Ces augmentations de la production devront provenir d’environnement de production favorables, tout autant que marginaux.

Dans les environnements irrigués et de forte potentialité, les priorités de la recherche seront axées sur l’amélioration des limites des rendements et celle de l’efficience de l’utilisation des intrants. En ce qui concerne les environnement marginaux, la priorité restera l’amélioration de la résistance aux pressions physiques. Les innovations dans le domaine de la gestion des cultures et des ressources seront importantes par rapport à la productivité et à la durabilité, dans les environnements de forte et de faible potentialité.

La réussite pérenne de la diffusion des germoplasmes du blé et de la technologie est assujettie à la circulation autonome et sans entrave des matériels génétiques et de l’information. Toute contrainte qui lui serait imposée pour motif de protection de la propriété intellectuelle aurait de graves conséquences sur la capacité des pays en développement à s’assurer une croissance durable de la productivité du blé.

Pour plus de renseignements, consulter “Cereal Crop Productivity in Developing Countries: Past Trends and Future Prospects” de Prabhu Pingali et Paul Heisey, document de travail du programme d’économie CIMMYT, à paraître en 1998, et “Technical Opportunities for Sustaining Wheat Productivity Growth” de Prabhu Pingali et Sanjaya Rajaram, dans Meeting the Demand for Food in the 21th Century : Challenges and Opportunities, presses de l’université d’Illinois, à paraître en 1998. Pour tout renseignement complémentaire concernant ces publications, prière de contacter Prabhu Pingali au CIMMYT, Lisboa 27, Apdo Postal 6-641, 06600 Mexico DF, Mexique.

Prahbu L. Pingali est directeur du programme d’économie et Sanjaya Rajaram est directeur du programme du blé au Centro International de Mejoramiento de Maiz y Trigo.


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