IFPRI: Recapitulatif 2020 n62
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French 2020 Brief

Récapitulatif 2020 n62

Vision 2020 pour l'alimentation, l'agriculture et l'environment
Octobre 1999

L'Epuisement Des Elements Nutritifs Dans Les Terres Agricoles De L'Afrique

par Julio Henao et Carlos Baanante

La vie d'environ les deux tiers des Africains dépend de leur agriculture. Le sort de la production agricole, par conséquent, affecte directement la croissance économique, les progrès sociaux et les échanges internationaux en Afrique. Comme la population continue de croître rapidement, plus vite que dans d'autres régions du monde, ses terres agricoles se dégradent de plus en plus. Les agriculteurs intensifient l'utilisation des terres pour répondre aux besoins en vivres mais sans pratiques de gestion appropriées ni apports extérieurs. L'épuisement qui en résulte des éléments nutritifs dans les sols a été la cause de la stagnation de la production agricole ou de sa baisse dans beaucoup de pays d'Afrique. Dans certains cas, notamment dans les hautes terres d'Afrique de l'Est, le taux d'épuisement est si élevé que même des mesures drastiques telles que le doublement de l'emploi d'engrais chimiques ou naturels ou la réduction de moitié des pertes dues à l'érosion ne seraient pas suffisantes pour combler les déficits en éléments nutritifs. A moins que les gouvernements africains, soutenus par la communauté internationale, ne prennent l'initiative de s'attaquer aux problèmes de l'épuisement des éléments nutritifs, la productivité agricole en déclin va gravement miner les fondations de la croissance économique durable en Afrique.

L'ETENDUE DE L'EPUISEMENT DES ELEMENTS NUTRITIFS
A l'exception de Maurice, de la Réunion et de la Libye, tous les pays d'Afrique ont un bilan négatif en éléments nutritifs chaque année (voir Figure 1). Dans les régions semi-arides et soudano-sahéliennes qui ont une population plus dense, les terres perdent entre 60 et 100 kilogrammes d'azote, phosphore et potassium (APK) par hectare chaque année. Les terres de ses régions sont peu profondes, souffrent de très mauvaises conditions météorologiques et sont soumises à des cultures intensives mais avec peu d'application d'engrais. La disponibilité limitée de l'eau et l'intensification de l'exploitation des terres due à la croissance de la population ont réduit la diversification des récoltes et l'adoption de pratiques de gestion appropriées. De courtes saisons de culture contribuent à augmenter les pressions sur les terres.

Dans d'autres importantes régions agricoles, telles que celles qui sont situées dans les zones semi-humides ou humides ainsi que dans les savanes et la forêt, les pertes d'éléments nutritifs varient beaucoup. Les taux d'épuisement des éléments nutritifs varient de modérés (30 à 60 kilogrammes d'APK par hectare et par an) dans les forêts humides et les marécages su sud de l'Afrique centrale, à élevés (plus de 60 kilogrammes) dans les terres hautes de l'Afrique de l'Est.

De 1993 à 1995, la différence entre les apports et les pertes d'éléments nutritifs sur le continent a varié de - 14 kilogrammes d'APK par hectare et par an en Afrique du Sud à - 136 kilogrammes au Rwanda. Le Burundi et le Malawi ont aussi souffert de pertes supérieures à 100 kilogrammes par hectare et par an. Quelque 86 % des pays d'Afrique montrent des déficits supérieurs à 30 kilogrammes d'APK par hectare et par an. Davantage de pays entrent dans la catégorie des taux élevés d'épuisement que dans celle des taux moyens. Les déséquilibres sont plus élevés là où l'emploi d'engrais est particulièrement bas et où les pertes d'éléments nutritifs, surtout dues à l'érosion, sont fortes. Les faibles gains en éléments nutritifs et des réserves minérales naturellement faibles ainsi que le climat rude des plaines et plateaux intérieurs aggravent les conséquences de l'épuisement des éléments nutritifs.

L'estimation annuelle nette des pertes en éléments nutritifs varie beaucoup entre les sous-régions : de 384 800 tonnes en Afrique du Nord à 110 900 tonnes en Afrique du Sud, en passant par 7 629 900 tonnes en Afrique sub-saharienne. Cela représente une perte totale de un milliard et demi de dollars américains en terme de coût des éléments nutritifs sous fourme d'engrais. Les rendements réduits provoquent des pertes financières supplémentaires. La plupart des rendements de culture n'ont pas beaucoup changé entre 1993 et 1995 en Afrique, ils sont restés proches des moyennes obtenues par les petits exploitants disposant de terres arrosées par les pluies et dont la fertilité va de modérée à faible.

Davantage d'azote et de potassium sont perdus que de phosphore dans les terres d'Afrique. Les pertes en azote et en potassium résultent surtout des infiltrations et de l'érosion des sols. Ces problèmes résultent principalement de la culture continue de céréales sans alternance avec celle de légumineuses, de mauvaises pratiques de conservation des sols et de l'emploi de quantités d'engrais non appropriées. La Guinée-Bissau et le Nigeria souffrent des pertes annuelles les plus élevées en azote et en potassium en Afrique de l'Ouest. En Afrique de l'Est, les pertes en azote sont les plus grandes au Burundi, en Ethiopie, au Malawi, au Rwanda et en Ouganda, et les pertes en phosphore sont les plus élevées au Burundi, au Malawi et au Rwanda.

Les pertes en potassium sont associées avec les graves érosions. Les taux les plus forts de pertes en potassium se produisent en Guinée-Bissau et au Nigeria en Afrique de l'Ouest, et au Burundi, au Kenya, au Malawi, au Rwanda, au Swaziland et en Ouganda en Afrique de l'Est et australe.

BESOINS EN ELEMENTS NUTRITIFS ET PRATIQUES DE GESTION DES SOLS
Les gains en éléments nutritifs dans les sols africains sont acquis surtout grâce à l'application d'engrais minéraux, au dépôt d'éléments nutritifs et à la fixation de l'azote. Les bilans négatifs en éléments nutritifs indiquent clairement qu'on n'en applique pas assez dans la plupart des régions. L'emploi annuel courant (de 1993 à 1995) d'éléments nutritifs en Afrique est en moyenne de 10 kilogrammes d'APK par hectare. L'emploi des engrais varie de près de 234 kilogrammes en Egypte à 46 kilogrammes au Kenya en passant par moins de 10 kilogrammes dans la plupart des pays de l'Afrique sub-saharienne. L'Afrique du Nord, qui compte pour environ 20 pour cent des terres du continent, consomme 41 pour cent des engrais.

Les engrais tendent à être utilisés le plus sur les cultures de rapport et les plantations à cause de la grande profitabilité des engrais dans la production destinée à l'exportation. Les cultures vivrières obtiennent moins d'engrais à cause de ratios défavorables entre les prix des produits et des engrais ainsi que des contraintes financières auxquelles les agriculteurs doivent faire face.

En vue de maintenir les niveaux actuels moyens de production agricole sans épuisement des éléments nutritifs des sols, l'Afrique aura besoin d'environ 11,7 millions de tonnes d'APK chaque année, environ trois fois plus que ce qu'elle utilise maintenant (3,6 millions de tonnes) (voir Figure 2). L'Afrique sub-saharienne aura besoin, et de loin, de la plus grande partie de cette quantité, 76 %, parce que son niveau actuel d'utilisation des engrais est si bas. Dans cette sous-région, les besoins totaux en éléments nutritifs par hectare varient depuis ceux du Botswana (24,5 APK, 350 % de plus que l'emploi actuel) à ceux de la Réunion (437,3 APK, environ 20 APK par hectare de moins que la consommation de l'île). Le Burkina Faso devrait augmenter sa consommation d'APK de plus de onze fois pour maintenir des niveaux de production agricole sans perte d'éléments nutritifs, et le Swaziland devrait doubler sa consommation. L'emploi moyen estimé pour l'Afrique en général devrait augmenter d'environ quatre fois pour répondre aux besoins en éléments nutritifs au niveau actuel de production. En général, il faut plus d'azote que de potassium, et plus de potassium que de phosphore.

Bien que l'augmentation de l'emploi d'engrais minéraux puisse être la clef de voûte de la stratégie destinée à équilibrer l'épuisement en éléments nutritifs et à améliorer la productivité des terres en Afrique, cela ne signifie pas que les niveaux d'engrais doivent être augmentés au-delà des besoins de base. En fait, le dépassement des niveaux recommandés pour les variétés les moins réactives et dans les systèmes de cultures mal gérées peut mener à de fortes pertes d'éléments nutritifs et à de faibles rendements. De plus, en vue d'atteindre les buts voulus, l'emploi des engrais doit être combiné avec tout un éventail de pratiques complémentaires, tel que la conservation des sols, le recyclage des déchets des cultures, la gestion du cheptel et l'emploi d'engrais organiques. De telles pratiques pourraient réduire de jusqu'à 44 % les quantités d'engrais minéraux nécessaires pour maintenir les rendements moyens actuels.

IMPLICATIONS POLITIQUES
Si l'épuisement des éléments nutritifs et la dégradation des terres continuent au taux actuel, on doit se demander comment les agriculteurs des pays d'Afrique pourront produire assez de vivres pour des populations toujours plus grandes dans le siècle à venir. En vue d'éviter des crises potentielles, les gouvernements nationaux et les donateurs doivent s'attaquer à la menace posée par l'épuisement des éléments nutritifs et la dégradation des terres au moyen de politiques et de programmes destinés à promouvoir l'augmentation de la productivité des ressources en terres agricoles et la conservation de la base de ces ressources. Des changements politiques profonds seront nécessaires pour mettre sur pied un environnement qui rende les intrants agricoles facilement disponibles, qui encourage les agriculteurs à utiliser ces intrants plus efficacement et qui aide à améliorer les services locaux de vulgarisation et le soutien aux exploitants agricoles. Les ajustements structurels, le développement des marchés, les politiques d'échanges et de prix, les systèmes de crédit, l'amélioration des infrastructures et les services institutionnels de soutien doivent être remis en cause et évalués en vue de leur impact sur la base des ressources et l'expansion durable de la production et de la productivité agricoles.

De nombreux pays et régions doivent intégrer la gestion des ressources naturelles aux politiques économiques et sectorielles. Il faut effectuer davantage d'analyses économiques et d'impact environnemental au niveau des pays pour déterminer les priorités dans le domaine des terres agricoles, pour évaluer les coûts et bénéfices des décisions politiques et pour accélérer l'identification du type d'investissements qui sera nécessaire pour prévenir la dégradation des terres et augmenter la production. La prévention de l'épuisement des éléments nutritifs au moyen de politiques économiques saines, de recherches, de la diffusion de l'information et du développement des ressources humaines doit être activement promue en Afrique.

Pour davantage d'informations, voir le rapport complet de Julio Henao et Carlos Baanante, Estimation Rates of Nutriment Déplétion in Soies of Agriculture Lands of Affirma (Muscle Shoals, Alabama, USA; International Fertilizer Development Center, 1999)

Julio Henao est biométricien de niveau supérieur au International Fertilizer Development Center (IFDC), courrier électronique : Jhenao@ifdc.org. Carlos Baanante est directeur de la recherche et du développement au IFDC, courrier électronique : cbaanante@ifdc.org.

Vision 2020 pour l'alimentation, l'agriculture et l'environnement est une initiative de l'International Food Policy Research Institute (IFPRI - Institut international de recherche sur les politiques alimentaires) destinée à élaborer une dessein collectif et un consensus d'action pour cerner les moyens permettant de remplir les besoins alimentaires mondiaux futurs, tout en atténuant la pauvreté et en protégeant l'environnement. Dans le cadre de l'Initiative Vision 2020, l'IFPRI associe diverses écoles de pensée sur ces questions, pour donner lieu à des recherches et dégager des recommandations. Les Récapitulatifs 2020 présentent des informations sur divers éléments de ces thèmes


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