IFPRI: Recapitulatif 2020 n63
IFPRI home page IFPRI publications listing English Español Français Português
French 2020 Brief

Récapitulatif 2020 n63

Vision 2020 pour l'alimentation, l'agriculture et l'environment
Novembre 1999

Les Perspectives De L'Offre Et De La Demande De Cereales En Inde A L'Horizon 2020

par G. S. Bhalla, Peter Hazell et John Kerr

Bien que de nombreux Indiens ne disposent toujours pas d'une nutrition adéquate, la situation alimentaire du pays est spectaculairement meilleure de nos jours qu'il y a trente ans. En 1970, la population de l'Inde était seulement les deux tiers de qu'elle est aujourd'hui mais la production de céréales était seulement à la moitié du niveau actuel et le pays dépendait gravement d'aide alimentaire pour prévenir de grandes famines, en particulier au cours des années de sécheresse. Aujourd'hui, l'Inde est autosuffisante pour les céréales. Le pays produit et consomme environ 170 millions de tonnes de céréales par an (y compris les semences et les déchets). Mais l'Inde continuera-t-elle à être autosuffisante en céréales dans les années à venir ? Au cours des prochaines vingt années, la demande totale en céréales va-t-elle doubler une nouvelle fois pour atteindre plus de 340 millions de tonnes ? Ou se produira-t-il des changements significatifs dans les tendances du passé, changements qui pourraient diminuer ou augmenter la croissance de la demande ? Et la production nationale de céréales va-t-elle continuer de répondre à la demande, ou bien l'augmentation de la rareté des ressources et la dégradation - et l'utilisation déjà élevée de variétés à hauts rendements, d'engrais et de l'irrigation - va-t-elle limiter les possibilités de croissance dans le futur ?

La réponse dépend de plusieurs facteurs : les tendances de la croissance de la population, le revenu par habitant et l'urbanisation ; les changements de goûts provoqués par l'augmentation du nombre des gens qui auront davantage d'accès et d'information sur des aliments différents ; une croissance de l'emploi de céréales comme aliments pour animaux en réponse à un accroissement de la consommation de viande et produits connexes ; et l'impact de la future croissance économique sur les pauvres. En prenant 1993 comme année de référence, la présente étude présente des perspectives sur l'équilibre de la demande et de l'offre jusqu'en l'an 2020, selon différents scénarios prenant en compte la croissance des revenus, le comportement des consommateurs et les stratégies de production agricole.

LES DEFIS DU FUTUR : LA DEMANDE POUR LES CEREALES
Le secteur agricole de l'Inde va être confronté à de nombreuses pressions au cours de vingt années à venir. Aujourd'hui la population d'environ un milliard d'habitant devrait passer à 1,3 milliards d'ici l'an 2020, sa partie vivant dans les zones urbaines passant de 26 à 35 %. Les possibilités de croissance du revenu par habitant varient largement de 6 % en moyenne annuelle dans le meilleur des cas à 2 % dans le pire. A titre de référence, la présente étude suppose une croissance de 3,7 %, ce qui est légèrement inférieur au taux de croissance réel des dernières années.

La faible consommation actuelle des produits de l'élevage pourrait changer rapidement avec la croissance de l'économie. Maintenant, beaucoup plus de ménages consomment des produits de l'élevage qu'il y a dix ans. Il y a aussi des indications que la partie moyenne du budget consacrée au lait et à la viande augmente, apparemment à la suite de changements structurels dans les préférences des consommateurs. Les projections pour la demande de viande et d'oeufs en l'an 2020 sont de 20 millions de tonnes soit quatre fois plus que la consommation de 5 millions de tonnes en 1993. Pour le lait et les produits laitiers, la consommation devrait plus que quintupler, de 52 millions de tonnes en 1993 à 289 millions de tonnes en l'an 2020. Ces projections impliquent aussi des augmentations significatives en consommation quotidienne par habitant, passant de 0,016 à 0,041 kilogrammes pour la viande et les oeufs et de 0,162 à 0, 597 kilogrammes pour le lait et les produits laitiers. Au fur et à mesure de la croissance de la demande pour les produits de l'élevage, les producteurs vont probablement fortement augmenter leur usage de céréales fourragères. Aujourd'hui, moins de 5 millions de tonnes de céréales (3 à 4 % de la production céréalière) sont consommés par le bétail chaque année - surtout sous forme de sous-produits des récoltes, de déchets des ménages, et de zones de pâturage ouvertes. La projection de référence pour les céréales fourragères, 50 millions de tonnes d'ici à l'an 2020 constituent une augmentation de plus de douze fois la consommation de 1993 et plusieurs fois plus grande que d'autres projections récentes. La projection de référence pour la demande totale en céréales en l'an 2020 est de 296 millions de tonnes, 50 millions de tonnes pour les animaux et 246 millions pour la consommation humaine directe. Cela constituerait un doublement de la demande en céréales en 1993, ce qui est comparable à la sorte d'augmentation que l'Inde a connue au cours des 30 dernières années.

LES PERSPECTIVES POUR LA PRODUCTION DE CEREALES
Les projections pour la production de céréales dans le futur ne peuvent pas dépendre lourdement des tendances passées. L'expansion future des zones irriguées sera coûteuse et l'agriculture se trouvera de plus en plus en concurrence avec l'industrie et les ménages urbains pour des ressources en eau limitées. Il semble qu'il y ait des limites aux possibilités d'augmentation de la production grâce à un plus grand emploi de variétés améliorées et d'engrais. La dégradation des ressources pourrait aussi devenir une grave contrainte à la production de céréales dans l'avenir. D'autres sources de croissance, telles qu'une meilleure gestion des cultures ou des progrès dans la biotechnologie seront nécessaires si l'on veut que des taux raisonnables de croissance de la production de céréales soient maintenus dans l'avenir.

Avec des augmentations réalisables sur plusieurs fronts : 50 % dans l'emploi d'engrais, une certaine expansion des zones irriguées et des améliorations génétiques et de l'efficacité technique, la production de céréales devrait monter à environ 260 millions de tonnes d'ici l'an 2020 (sans compter les semences et les déchets). Dans le même scénario mais avec une dégradation des terres plus grande, la production serait d'environ 242 millions de tonnes, et avec une dégradation réduite la production pourrait atteindre 279 millions de tonnes.

LE DEFICIT EN CEREALES
Compte tenu de ces estimations de la demande et de l'offre dans le futur, des déficits en céréales sont probables comme le montre le scénario de production le plus plausible. Dans le cas moyen, avec une croissance de revenu par habitant d'en moyenne 3,7 %, le déficit en céréales sera probablement de 36 à 64 millions de tonnes (Tableau 1). Avec une croissance annuelle de 6 %, il pourrait augmenter pour passer de 115 à 142 millions de tonnes. Même si la croissance baissait jusqu'à un taux plus historique de 2 % par an, le déficit en céréales pourrait tout de même augmenter pour atteindre 25 millions de tonnes d'ici l'an 2020.

Alors que certains de ces scénarios sont fondés sur des suppositions spéculatives, les résultats montrent qu'il existe des conditions plausibles aux termes desquelles l'Inde pourrait connaître des déficits de 36 à 64 millions de tonnes de céréales par an d'ici l'an 2020. Si des déficits de cette amplitude devaient se matérialiser, les besoins de l'Inde en céréales pourraient avoir des impacts significatifs sur les marchés mondiaux des céréales ainsi que sur la balance commerciale du pays. Mais de tels déficits peuvent être évités au moyen de politiques agricoles appropriées.

Tableau 1. Matrice des déficits en céréales projetés en Inde en l'an 2020 selon différents scénarios concernant la demande et l'offre (en millions de tonnes)

Scénariode l'offre Offre totale (semences et déchets exclus) Scénario demande
(aliments + fourrage)

Projections des auteurs
avec une croissance du
revenu par habitant de

2 % 3,7 % 6 %

Demande totale 257.3 296.2 374.7

  (offre moins demande)
Extrapolation des tendances 1962/65-93 321.1 63.8 24.9 -53.6
Augmentation raisonnable de l'emploi des engrais et de l'irrigation 232.2 -25.1 -64.0 -142.5
Plus améliorations génétiques et de l'efficacité technique 259.9 2.6 -36.3 -114.8
Avec augmentation de la dégradation des terres 242.1 -15.2 -54.1 -132.6

LES OPPORTUNITES POLITIQUES
La probabilité d'un déséquilibre entre l'offre et la demande au cours des vingt années à venir constitue une importante opportunité pour les décideurs de l'Inde, tant en termes de sécurité alimentaire nationale que de développement rural. Elle souligne le besoin de politiques qui augmenteront la production de cheptel et de céréales dans le pays, et en même temps feront monter les revenus et baisser le chômage, et donc réduiront la pauvreté dans les zones rurales. Tout cela demanderait des réformes politiques supplémentaires et la libéralisation des marchés afin de remettre les ratios des prix mieux en rapport avec les prix mondiaux, et des investissements publics supplémentaires dans l'agriculture et les zones rurales.

Les réformes politiques commencées au début des années 1990 doivent encore être complètement mises en oeuvre pour de nombreux marchés agricoles du pays. Beaucoup d'exploitants agricoles ont été pris entre les coûts en hausse d'intrants de première importance (au fur et à mesure de la réduction des subventions) et la baisse des prix à la sortie de leurs exploitations. Cette dernière a été aggravée par des restrictions sur les exportations, des importations à bon marché et une réglementation excessive de l'agro-industrie. L'achèvement du processus de réformes avec libéralisation totale des marchés domestiques, du commerce extérieur et de l'agro-industrie améliorerait les termes de l'échange pour de nombreux agriculteurs et encouragerait une plus grande production de céréales et de cheptel. Une telle croissance pourrait comprendre beaucoup des zones pluvieuses les plus pauvres.

Comme dans le passé, les investissements publics dans les infrastructures rurales, la recherche agricole et la vulgarisation, ainsi que l'éducation et la santé des populations rurales, continueront à jouer un rôle clef dans la détermination du taux de croissance agricole. Le maintien d'un taux de croissance adéquat nécessitera aussi que les zones pluvieuses reçoivent une plus grande part de tous les suppléments aux investissements publics. Des indications récentes suggèrent que, alors que les investissements dans les infrastructures ont rapporté le plus dans les zones irriguées dans le passé, cela a été moins vrai après la révolution verte. En fait, les avantages marginaux de plusieurs investissements dans les infrastructures sont maintenant plus élevés dans nombre de zones pluvieuses et ils ont aussi un impact potentiellement plus grand sur la réduction de la pauvreté rurale. Les investissements dans les infrastructures dans les zones pluvieuses peuvent ainsi offrir à l'Inde une stratégie sans risques pour s'attaquer aux problèmes de la productivité et de la pauvreté.

Le gouvernement indien dépense déjà davantage pour l'agriculture que presque tous les autres pays d'Asie. Mais la part du lion de ces dépenses va à des subventions pour les intrants agricoles, surtout pour les engrais, le crédit, l'eau et l'électricité. Ces subventions participent très peu à la croissance agricole aujourd'hui, si bien qu'il existe de grandes possibilités de parvenir à une plus grande croissance de l'agriculture simplement en dirigeant autrement les fonds publics qui sont déjà dépensés dans le secteur. Il y a aussi des possibilités de réduction du coût de la distribution de biens publics dans les zones rurales en : a) formant de nouveaux partenariats entre les secteurs public, privé et des ONG pour profiter de sources différentes et moins chères d'approvisionnement en biens publics ; et b) améliorant l'efficacité des institutions publiques d'approvisionnement au moyen d'une meilleure gestion des procédures d'achat et administratives rendues plus transparentes ainsi que d'une plus grande responsabilité envers les utilisateurs finaux.

Une combinaison d'investissements productifs plus élevés et de termes de l'échange plus favorables pour l'agriculture pourrait résulter en quelques vingt à trente millions de tonnes de céréales de plus d'ici l'an 2020. Avec des augmentations parallèles dans la productivité de l'élevage, les déficits alimentaires projetés devraient être contrôlables.

Lecture supplémentaire : voir Kumar P. 1998. Food Demand and Supply Projections for India. Agricultural Economics Policy Paper 98-01. New Delhi, Indian Agricultural Research Institute.

J. S. Bhalla a récemment pris sa retraite de professeur au Center for the Study of Regional Development à la Jawarhalal Nehru University à Delhi. Peter Halez est directeur de la Environment and Production Technology Division au IFPRI. John Kerr est professeur assistant au College of Agriculture and Natural Resources à la Michigan State University.

Cette fiche est fondée sur le Document de discussion de Visions l'an 2020 numéro 29 portant le même titre.

Vision 2020 pour l'alimentation, l'agriculture et l'environnement est une initiative de l'International Food Policy Research Institute (IFPRI - Institut international de recherche sur les politiques alimentaires) destinée à élaborer une dessein collectif et un consensus d'action pour cerner les moyens permettant de remplir les besoins alimentaires mondiaux futurs, tout en atténuant la pauvreté et en protégeant l'environnement. Dans le cadre de l'Initiative Vision 2020, l'IFPRI associe diverses écoles de pensée sur ces questions, pour donner lieu à des recherches et dégager des recommandations. Les Récapitulatifs 2020 présentent des informations sur divers éléments de ces thèmes


© Copyright and Fair Use
IFPRI holds the copyright to its publications and web pages but encourages duplication of these materials for noncommercial purposes. Proper citation is required.
top of the page TOP of the page