Vision 2020 pour l'alimentation, l'agriculture et l'environment
Novembre 1998La Mouvance de la perspective d'avenir de l'aide alimentaireOù qu'ils se trouvent, tous les prestataires d'aide alimentaire ne peuvent guère aller plus loin : au Soudan, 2,6 millions d'habitants sont touchés par la famine à la suite de 15 ans de guerre civile et de trois ans de récoltes défaillantes. En Indonésie, des millions de citoyens sont victimes de carences alimentaires résultant du double impact de la sécheresse et de la crise économique. L'ouragan Mitch a dévasté les Honduras et le Nicaragua, laissant derrière lui des millions de personnes coupées de tout accès à leurs sources alimentaires habituelles. Dans ces pays, et dans de nombreux autres, le World Food Programme (WFP), Care, le Secours catholique et d'autres organismes, distribuent des denrées alimentaires et s'efforcent de remplir les besoins nutritionnels des populations les plus vulnérables, notamment les femmes et les enfants. Mais ces efforts se tiennent au moment où l'aide alimentaire traditionnelle semble menacée sous plusieurs angles. Les bailleurs de fonds réduisent l'aide alimentaire accordée. La multiplication des conflits et d'autres catastrophes détournent l'aide alimentaire au développement vers d'autres utilisations urgentes. Et selon les critiques, l'aide alimentaire n'a jamais, quoi qu'il en soit, été réellement efficace. Les résultats du débat relatif à l'aide alimentaire pourraient avoir de profondes incidences dans les quelques décennies à venir, où les besoins alimentaires seront importants, selon les prévisions. D'ailleurs, selon celles d'une étude du département de l'Agriculture des Etats-Unis, l'on comptera 1,2 milliards d'habitants qui ne seront pas en mesure, d'ici 2007, de remplir leurs besoins nutritionnels, dont deux tiers des habitants d'Afrique subsaharienne. Selon un modèle de l'IFPRI, le fossé alimentaire dans les pays en développement, c'est-à-dire la différence entre la production et la demande alimentaire du marché, pourrait plus que doubler dans les 25 prochaines années. En 2020, au cas où la situation mondiale suivrait son cours actuel, 150 millions d'enfants de moins de 6 ans pourraient souffrir de malnutrition. L'aide alimentaire peut-elle remplir d'importantes fonctions pour remplir ces besoins ? Conviendrait-il que ce soit le cas ? Ce sont là les questions auxquelles les pays bailleurs de fonds, les organismes d'aide et les organisations non gouvernementales s'efforcent de répondre. Faire don des excédents Dans le passé, l'aide alimentaire a constitué un moyen commode pour les pays industrialisés de se défaire de leurs excédents importants de produits agricoles, ce qui leur permettait de maintenir les prix, d'aider leurs propres agriculteurs, de remplir des buts humanitaires et de récompenser les gouvernements alliés. Une partie de ces denrées alimentaires est remise aux gouvernements des pays récipiendaires, qui les revendent sur le marché et disposent du produit tiré de cette vente. Une autre partie revient aux organisations non gouvernementales (ONG), qui la distribuent aux populations, ou qui la vendent et se servent du produit aux fins de développement des pays économiquement faibles. Ou encore, l'aide alimentaire est transférée entre les mains du WFP et autres organisations d'aide pour servir dans les situations d'urgence et dans le cadre d'autres projets. Mais les donations sous forme d'aide alimentaire ont sensiblement diminué ces quelques dernières années. En 1992-93, les bailleurs ont fourni 15 millions de tonnes de céréales et d'autres denrées alimentaires, mais ce total a chuté à 6,7 millions de tonnes en 1996-97, soit une réduction de 55%. Les coupes sombres de l'aide alimentaire des Etats-Unis, quelque 2/3 passant de 8,5 millions de tonnes à 2,8 millions de tonnes pendant cette même période, représentent la plus grande partie de cette diminution. Aujourd'hui, dans le cadre du GATT de 1994, les pays donateurs se sont engagés à réduire les subventions agricoles génératrices d'excédents importants. Ce tournant réduirait encore davantage le volume de denrées alimentaires excédentaires mises à leur disposition. Selon Edward Clay, chargé de recherche auprès de l'Overseas Development Institute : "En raison des modifications des politiques agricoles et de l'Uruguay round, nous ne sommes plus en situation d'excédents agricoles structurels réguliers. Nous ne pouvons plus présumer que des excédents seront disponibles". En l'absence d'excédents importants, certains pays donateurs achètent les denrées alimentaires destinées à l'aide alimentaire sur les marchés ordinaires. Ce qui signifie, dans de nombreux cas, que les ressources de l'aide alimentaire ne proviennent pas des budgets généraux de l'aide alimentaire, De nombreux pays donateurs sont confrontés à la question suivante : si l'on dispose d'un dollar et qu'il est destiné à l'aide, convient-il de le consacrer à l'aide alimentaire ou à un autre type d'aide ? L'Aide alimentaire revue Selon d'aucuns, nombreux, cette raréfaction récente de l'aide alimentaire donne lieu à un ré-examen, sain d'ailleurs, de la manière dont il conviendrait d'employer l'aide alimentaire, pour autant qu'il le faille. L'on reconnaît dans l'ensemble que l'aide alimentaire n'a pas toujours été employée efficacement. L'on a connu des cas où elle s'est gâtée avant que l'on ne puisse la livrer, ou qu'elle n'as pas été remise à ceux qui en avaient réellement besoin, ou encore qu'elle a alimenté les conflits au lieu de nourrir des populations civiles, affamées. Certains programmes d'aide alimentaire ont approvisionné ces dernières en aliments inhabituels ou possédant peu de qualités nutritives. L'aide alimentaire a rarement abordé les motifs sous-jacents de la faim. Elle semble aussi relever le risque selon lequel les denrées alimentaires faisant partie de l'aide apportée nuisent aux marchés agricoles locaux en amenant une baisse des prix des denrées alimentaires de production locale. Les partisans de l'aide alimentaire protestent que tous ces problèmes peuvent être résolus, et le sont d'ailleurs. Les donateurs s'efforcent de cibler plus soigneusement l'aide alimentaire, en vendant les denrées et en remettant du numéraire aux bénéficiaires, si cette démarche est appropriée. Ils s'efforcent de garantir que l'aide alimentaire sera une solution dépassant le simple instantané. Les ONG chargées de la distribution de l'aide alimentaire sont confrontées à de nouveaux critères, sévères, décidés par les donateurs et elles sont chargées de rendre compte de l'incidence de leurs travaux. Namanga Ngongi, directeur exécutif adjoint du WFP, précise : "Les donateurs exigent une plus grande transparence redditionnelle. Il faut nous assurer que l'aide alimentaire atteint ceux qu'elle vise et sous la forme nécessaire. L'encadrement est donc plus complexe et nous allons plus loin pour nous assurer qu'elle atteint ses bénéficiaires escomptés". Pour répondre au nouveau climat de l'aide alimentaire, le WFP a entrepris un ré-examen décisionnel approfondi de l'aide alimentaire. "Ces quelques dernières années, l'aide alimentaire est devenue une ressource rare. La question est donc de savoir comment s'en servir le mieux possible ?", déclare Dianne Spearman, directeur du service Politique, de la division Stratégie et Politique du WFP. "Quels sont les meilleurs résultats que l'on peut obtenir avec l'aide alimentaire par opposition à une autre forme d'assistance ?". Alors que le WFP s'efforce de définir les détails de sa nouvelle politique d'aide alimentaire, il s'est engagé sur plusieurs objectifs essentiels. Selon Mme Spearman, le WFP a décidé de mettre l'accent sur les pays les plus pauvres et leurs citoyens les plus nécessiteux. "Nous avons commencé à nous concentrer sur les sites où l'aide alimentaire est nécessaire. Nous avons amplifié nos activités de programme pour les femmes enceintes et les jeunes enfants, par exemple, parce que nous savons que la nutrition pré-natale et au cours des deux premières années de la vie est importante pour le restant de la vie de l'être humain". Aide alimentaire aux fins d'assistance ou de développement ? Il convient que les gouvernements donateurs, les organismes d'aide et les ONG tiennent compte d'un schéma au cours de leurs délibérations : l'augmentation dramatique des situations d'urgence exigeant une assistance alimentaire. EN 1990, l'aide alimentaire d'urgence constituait 19% de l'aide alimentaire mondiale. Dès 1997, ce pourcentage représentait 42%. Cette utilisation de l'aide alimentaire est relativement peu controversée, car les victimes des séquelles des conflits, de la sécheresse et d'autres catastrophes, ont tout d'abord besoin des denrées de première nécessité, notamment des aliments, afin de pouvoir reconstruire leurs vies. "En situation d'urgence", déclare Mme Spearman, "la première chose à faire est de donner des aliments et de sauver des vies. Puis, dès que possible, il convient de reprendre les activités de développement pour les intégrer dans l'assistance d'urgence. Il est important de se retirer de la distribution alimentaire gratuite dès que possible et d'adopter des démarches davantage axées sur le développement". Pour faire face aux situations d'urgence, l'on opère un détournement de ressources et d'attention au détriment du développement de long terme. L'on ne saurait ignorer que le WFP a consacré la plus grande partie de ses ressources aux projets de développement, notamment les programmes d'alimentation pour les populations les plus vulnérables et les projets de travail rétribué en vivres, où les pauvres travaillent aux projets de développement, par exemple les ponts et chaussées, et reçoivent un paiement en vivres. Ces projets sont conçus de manière à amplifier leurs capacités à sortir de la pauvreté et ainsi de la faim. Toutefois, de 1990 à 1996, l'aide d'urgence est passée de 34% du portefeuille à 66% du portefeuille du WFP, comprimant gravement le budget d'aide au développement. La préoccupation de certains critiques ne porte pas sur le glissement de l'aide au développement en faveur de l'aide d'urgence. Les vivres pour le développement, selon eux, devraient constituer une exception et non pas une règle. "En situation d'urgence, l'aide alimentaire constitue souvent le seul moyen d'aide", précise M. Clay. "Le Soudan est un cas manifeste. Il n'y a pas d'autre choix. Dans d'autres situations, l'aide alimentaire n'est pas le meilleur moyen d'assistance. En Afrique sahélienne, les vivres seraient nécessaires, mais est-il logique de transporter des vivres dans des pays enclavés ?". Le transport de vivres dans un pays en développement, particulièrement s'il s'agit d'un pays loin des ports maritimes, est extrêmement onéreux, ajoute M. Clay. Le transport des denrées alimentaires et leur distribution aux populations qui en ont besoin constituent la majeure partie des frais de l'opération. En situation d'urgence, le coût élevé de l'aide alimentaire est justifié, mais aux fins de développement, il est d'ordinaire plus rentable d'envoyer des liquidités, précise M. Clay. Il conviendrait que les vivres pour le développement, affirme-t-il, se justifient au cas par cas. Pour Patrick Webb de l'université Tufts, auteur exhaustif sur le sujet de l'aide alimentaire, il convient de s'inquiéter des tendances ayant une incidence sur l'aide alimentaire. Il décrit plusieurs cas où l'aide pour le développement constitue un choix plus logique que du numéraire : lorsque les marchés fonctionnent mal, peu ou prou, ce qui empêche les habitants d'acheter des denrées alimentaires alors même qu'ils en ont les moyens, lorsque les donateurs souhaitent cibler un type d'alimentent ou de nutriment précis (sel iodé ou vitamine D) pour un groupe démographique donné, par exemple des mères et leurs enfants, qui ne peuvent les obtenir sur place, et lorsque les donateurs souhaitent mettre en oeuvre un auto-ciblage parmi les bénéficiaires en offrant des vivres "inférieurs". "Dans certains contextes, si l'on offre du riz", précise M. Webb, "tous les habitants viennent. Si vous offrez du sorgho, seuls ceux qui en ont vraiment besoin viennent. Et on peut alors offrir des intrants complémentaires, par exemple des cours d'alphabétisation ou des vaccins". Et il ajoute : "On dit que l'argent comptant est toujours plus efficace que les vivres, mais en réalité il n'y pas de liquidités disponibles pour ce type d'activité, aux endroits où elles sont le plus nécessaires. En outre, l'aide alimentaire est porteuse de symbolisme, elle prouve matériellement que quelqu'un quelque part s'intéresse à la situation et agit. Et c'est important". Il n'en reste pas moins que même en situation d'urgence, la distribution de l'aide alimentaire n'est pas simple. Selon Marc Cohen, assistant spécial du directeur de l'IFPRI et co-auteur du document de travail 2020 "Vivres pour la paix" : "Dans une situation de conflit, de nombreux habitants ont besoin d'aide alimentaire, mais pour la faire arriver jusqu`à eux, il faut nécessairement traiter avec l'une des deux parties belligérantes. Une partie de l'aide alimentaire est détournée, elle sert éventuellement à alimenter le conflit et on se trouve politiquement impliqué. Les principes sur la manière de distribuer les vivres sont viables en théorie, mais si on vous met une arme à la tempe, il devient quelque peu plus difficile de s'y tenir". Une meilleure utilisation de l'aide alimentaire ? Per Pinstrup-Andersen, directeur général de l'IFPRI et Bjorg Colding, ancien expert-conseil de l'IFPRI, proposent une autre optique de l'aide alimentaire. Tous deux suggèrent une stratégie de sécurité alimentaire, où l'aide alimentaire ferait partie d'un plan intégré de développement, permettant aux populations d'acquérir la capacité de gagner des revenus durables. Cette stratégie s'appuierait non pas sur les stocks de vivres disponibles dans les pays producteurs alimentaires excédentaires, mais sur les besoins des pays en développement. "Il faut tout d'abord connaître les besoins des habitants victimes de l'insécurité alimentaire", explique M. Colding", puis demander s'il convient de transférer des vivres, de l'argent comptant ou sinon quoi d'autre ?". M. Pinstrup-Andersen ajoute : "Les pays qui souhaitent apporter une aide alimentaire devraient acheter des vivres auprès des pays en développement, producteurs excédentaires, pour les faire parvenir aux pays déficitaires. Il conviendrait qu'ils achètent ces vivres de manière à promouvoir le développement du pays vendeur et du pays de distribution". Ce qui signifierait par exemple de compléter l'achat et la vente de vivres par le développement des routes, des ports et autres éléments d'infrastructure, ou encore l'expansion d'installations de commercialisation, privées, dans les pays bénéficiaires. Plusieurs pays européens s'efforcent déjà de mettre en oeuvre des démarches plus souples quant à l'aide alimentaire. Selon une étude de messieurs Pinstrup-Andersen et Colding, le Danemark a modifié les types de vivres fournis dans le cadre de son aide alimentaire, au lieu de viande et de fromages, des pois, de la farine de blé et de l'huile végétale, et il s'avère que le Danemark est en mesure de contribuer ainsi six fois plus de calories et trois fois plus de protéines, à un moindre coût. "Ce qui signifie que l'on peut nourrir davantage de personnes", précise M. Colding. D'autres pays européens découvrent que leurs budgets d'aide alimentaire sont plus efficaces encore lorsque les vivres sont achetés dans un pays en développement, aux fins de distribution dans le pays en question ou dans un autre pays, plutôt que de s'appuyer sur leurs propres excédents agricoles. Cette démarche pourrait-elle être opérante pour les Etats-Unis, le plus grand donateur d'aide alimentaire ? Selon la plupart des observateurs, c'est peu probable. "Les Etats-Unis ont des groupes intéressés particulièrement puissants, qui appuient certains aspects de l'aide alimentaire traditionnelle", explique Tom Marchione, conseiller en nutrition et responsable d'évaluation du Bureau of Humanitarian Response de l'USAID. "L'un de ces groupes est composé de producteurs agricoles , car l'aide alimentaire améliore leurs exportations et leur permet de créer des marchés à leur effet. D'autres groupes sont représentés par l'industrie des vitamines, des minéraux et les transformateurs alimentaires". Combler le fossé alimentaire Selon une étude de l'USDA, pour combler le fossé alimentaire entre les denrées alimentaires disponibles et les besoins nutritionnels des habitants des pays en développement en 2007, il faudrait 24 millions de tonnes de vivres alors que pour maintenir simplement leurs niveaux actuels de consommation exigerait 18 millions de tonnes. Pour l'heure, l'aide alimentaire ne sera sans doute pas en mesure d'assurer plus d'une fraction des quantités nécessaires. L'aide alimentaire totale distribuée en 1996-97 se montait à quelque 7,5 millions de tonnes. Bien que le total pour 1998 soit sans doute plus élevé, en raison d'une conjugaison d'urgences multipliées et d'excédents résultant de faibles exportations vers les pays asiatiques économiquement houleux, à l'avenir l'aide alimentaire continuera à connaître une pression à la baisse. En dernière analyse toutefois, l'importance du rôle de l'aide pour combler le fossé alimentaire sera tributaire non seulement de l'aide accordée par les donateurs, mais également de la qualité de la gestion de cette dernière tant pour l'aide d'urgence de court terme que le développement de longue durée. Il conviendra également de savoir si l'aide alimentaire s'accompagnera de réformes solides et de formules plus larges d'aide, permettant d'aider les populations des pays en développement à se doter de moyens d'existence durables. Selon Shahla Shapouri, économiste de la recherche au service de recherche économique de l'USDA, et co-auteur de l'étude parrainée par l'USDA : "L'aide alimentaire est un moyen pour appuyer, à courte échéance, la consommation dans les pays vulnérables, mas à longue échéance seule une performance agricole améliorée dans ces pays pourra affermir leur sécurité alimentaire". Relaté par Heidi Fritschel Réimpression partielle ou intégrale de cet article autorisée sans demande à cet effet mais avec remerciements officiels à l'IFPRI. Prière d'en faire parvenir les copies à l'IFPRI. Photos : page 1 WFP/Philippe Borel, page 6 WFP/Liz Gilbert.
Nouvelles publications
L'Avenir de la lutte phytosanitaire et de la production alimentaire L'approvisionnement alimentaire, notamment céréalier, dans les pays en développement devra augmenter de quelque 70 pour cent d'ici 2020 pour doter les quelque 6,5 milliards d'habitants prévus à cette date d'une certaine sécurité alimentaire. L'amélioration de la lutte phytosanitaire constituera sans doute une importante partie de l'effort visant à relever les stocks alimentaires disponibles dans les pays en développement. Dans le document de travail Vision 2020 n. 25, intitulé "Pest Management and Food Production : Looking to the Future", Montague Yudelman, Annu Ratta et David Nygaard débattent des meilleurs moyens pour réduire la déperdition parasitaire des denrées alimentaires. Selon les auteurs, l'insuffisance d'informations sur les pertes parasitaires réelles, ainsi que les avantages réels et potentiels des différents types moyens phytosanitaires, constitue l'un des obstacles entravant la formulation d'une stratégie pour améliorer la lutte phytosanitaire. Il convient d'améliorer les méthodes d'estimation de tous les coûts et avantages de la réduction de ces pertes. Ce document souligne que l'on escompte une augmentation de la demande de pesticides chimiques alors que les pays en développement intensifient leur production agricole pour remplir leurs besoins nationaux. Les entreprises mettent au point de nouveaux produits, moins toxiques, moins persistants, au spectre étroit, en partie sous les pressions exercées par les groupes environnementaux des pays industrialisés. Mais les pays en développement sont dénués de mouvements écologiques puissants, et leurs réglementations relatives à la production et à la distribution de pesticides plus anciens et plus toxiques, moins onéreux que leurs successeurs modernes, sont extrêmement lénifiantes. De ce fait, la demande relative à ces produits nuisibles connaît une croissance. La promotion de la lutte phytosanitaire intégrée (LPI) constituerait l >un des moyens pour réduire l'utilisation des pesticides chimiques, selon les auteurs, mais il n'existe pas encore de définition universellement acceptée de la LPI. Il est probable que les formules de LPI qui seront encouragées s'appuieront sur les démarches biologiques accompagnées d'une utilisation judicieuse de certains pesticides chimiques. Les 20 prochaines années verront également une augmentation notable de l'utilisation de plantes issues du génie génétique, mais l'incidence d'ensemble sur l'utilisation des pesticides reste incertaine, précisent les auteurs. Les nouvelles technologies auront été mises au point en Amérique du Nord et en Europe par le secteur privé. Les pays en développement posséderont un nombre restreint d'options s'ils souhaitent tirer parti des fruits de la recherche biologique. Une option serait pour les pays plus importants et plus industrialisés d'investir dans la recherche biotechnologique nationale, correspondant à la situation nationale. Une autre option consisterait à progresser par bonds, et sauter le fossé technologique en agençant le partage de nouvelles technologies avec les sociétés détentrices de leurs droits. Pour débattre plus avant de ces questions complexes, l'IFPRI a tenu une tribune-débat le 24 septembre, coïncidant avec la publication de ce document. (Veuillez consulter la "Lettre", page 7). Montague Yudelman, Klaus Leisinger de la fondation Novartis pour le développement durable et David Pimentel de l'université Cornell ont dirigé les débats.
Revitaliser le développement agricole et rural Des structures, des politiques et des stratégies révolutionnaires sont nécessaires pour relever les gageures d'un marché mondial toujours plus mobile. Le document de travail 2020 n. 26 de David Bathrick, intitulé "Fostering Global Well-Being : A New Paradigm to Revitalize Agricultural and Rural Development" (Promouvoir le bien-être mondial : un nouveau paradigme pour revitaliser le développement agricole et rural) invite instamment les dirigeants politiques, les organismes bailleurs de fonds, les entreprises et les professionnels du développement à enclencher les mesures nécessaires pour tirer parti du nouveau théâtre économique. La pièce maîtresse de ce théâtre reste la mouvance rapide de marchés fermés, axés sur le national (protégés et subventionnés) vers une ouverture et une mondialisation certaines (concurrence et diminution des subventions). Etant donné ce contraste saisissant, ce nouveau paradigme exige l'introduction rapide de principes et de stratégies opérationnels radicalement différents, notamment par rapport au secteur agricole changeant. L'émergence de nouvelles structure et mesures économiques à la fin de années 80 a signifié la rupture avec es économies centralisées, leurs inefficiences et leur inflexibilité. Les systèmes économiques deviennent de plus en plus axés sur la demande, plus réactifs aux marchés nationaux, régionaux et internationaux. Dans les domaines vitaux du développement, ce nouveau paradigme a attiré une attention accrue sur le secteur privé, les forces du marché et l'intégration de l'agriculture dans l'économie d'ensemble, ainsi que sur ses fonctions essentielles quant à l'amplification des échanges commerciaux et la croissance économique. A l'heure actuelle, les avantages de l'agriculture ne sont pas aussi fondamentaux qu'ils le pourraient. La majorité des producteurs, de petite et moyenne taille, qui constituent de 30 à 80 pour cent de la main-d'oeuvre, ainsi que les familles rurales non agricoles, ne sont pas préparés à tirer parti des avantages généraux des changements agricoles, ni à réagir à des concurrents inconnus jusque-là. Néanmoins, si les pays en développement entreprennent des réformes structurelles internes profondes, en fournissant par exemple aux petits et moyens exploitants agricoles et entreprises agro-industrielles les compétences, les outils et les investissements essentiels, et en facilitant les investissements privés, les habitants ruraux seront mieux préparés à faire face à des défis inhabituels et à produire des contribution tout aussi inhabituelles. M. Bathrick décrit les principaux éléments des programmes destinés à créer de nouveaux systèmes alimentaires et agro-industriels. Les pays en développement devront, par exemple, se donner la capacité de faire progresser leur avantage national comparé et leur compétitivité, établir un cadre décisionnel approprié ainsi que des liens avec d'autres secteurs pour garantir des efforts de développement efficaces, mettre sur pied des systèmes de marché dynamiques ainsi que des services infrastructurels complémentaires, et avoir recours à des pratiques de gestion des ressources naturelles permettant de valoriser leur utilisation durable.
Les Réseaux d'Afrique subsaharienne se réunissent pour établir les priorités de la Vision 2020 L'Initiative Vision 2020 pour l'alimentation, l'agriculture et l'environnement a commencé sous forme d'effort mondial pour dégager un consensus sur les moyens destinés à remplir les besoins alimentaires mondiaux futurs, réduire la pauvreté et protéger l'environnement. Mais cette vision sera réalisable uniquement si les pays individuels du monde en développement procèdent à leur propres activités de recherche et de vulgarisation de la Vision 2020, tout en engageant leur propre dialogue au sein de leurs cercles décisionnels (consulter l'article d'Actualités de février 1998). Ce faisant, l'IFPRI, en collaboration avec ses partenaires d'Afrique subsaharienne a récemment inauguré des réseaux Vision 2020 pour l'Afrique de l'Est et de l'Ouest, accompagnés d'ateliers de définition des priorités, qui se sont tenus à Entebbe en Ouganda du 12 au 14 octobre, et à Accra au Ghana du 19 au 21 octobre. Ces réseaux, uniques en leur genre dans la région, constituent des tribunes d'activités de recherche politique, de vulgarisation et de renforcement des capacités. En l'occurrence, ils visent à renforcer les capacités pour entreprendre une recherche décisionnelle destinée à fournir des informations débouchant sur des politiques et des décisions circonstanciées et de meilleure qualité, au niveau national et régional. En outre, l'IFPRI aidera les équipes de chaque pays à mettre au point les capacités non seulement de production d'informations pertinentes, mais également de renforcement de leur aptitude à présenter et à diffuser ces informations, puis à les intégrer dans le processus décisionnel national. Les pays participant aux ateliers de définition des priorités en Afrique de l'Est sont les suivants : Kenya, Malawi, Mozambique, Tanzanie et Ouganda (pays de focalisation), avec l'Ethiopie en qualité d'observateur, et en Afrique de l'Ouest : Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Gambie, Ghana (pays de focalisation), Sénégal et Togo, avec le Niger en observateur. Dans chaque pays, l'IFPRI a animé la création d'une équipe nationale, composée d'ordinaire de quatre à six personnes, venant d'organisations gouvernementales, d'institutions de recherche et d'organisations non gouvernementales. Pour établir les réseaux, l'IFPRI collabore avec des organisations régionales, notamment l'ECAPAPA (programme d'Afrique orientale et centrale pour l'analyse des politiques agricoles) en Afrique de l'Est, et la SADAOC (Sécurité alimentaire durable en Afrique de l'Ouest centrale) en Afrique de l'Ouest. Per Pinstrup-Andersen de l'IFPRI et le vice-président ougandais Speciosa Wandira Kazibwe Speciosa Wandira Kazibwe, vice-président et ministre de l'Agriculture de l'Ouganda, a prononcé le discours d'inauguration de l'atelier d'Entebbe et le professeur George Benneh, ancien vice-recteur de l'université du Ghana à Legon, a prononcé celui d'Accra. Les équipes nationales ont présenté leurs notes pour débat, lors des séminaires. Les participants de ces derniers ont également dégagé des priorités de recherche politique à l'échelon régional. Selon le directeur général de l'IFPRI, Per Pinstrup-Andersen : "Ces ateliers aideront les pays à produire l'information nécessaire pour appuyer la définition de politiques alimentaires, agricoles et environnementales. Dans cette région du monde, dont les capacités d'analyse politique devraient être renforcées, une démarche régionale permettrait un échange d'idées, de méthodologies et de compétences amplifié". L'étape suivante pour les équipes nationales consistera à présenter leurs priorités décisionnelles nationales aux décideurs et autres parties concernées, dans leurs propres pays, au début de 1999. La phase de détermination des priorités des réseaux Vision 2020 pour l'Afrique de l'Est et de l'Ouest a été appuyée par DANIDA. Le début de la phase suivante est prévu à l'été 1999. "La tenue d'ateliers destinés à déterminer les priorités, processus collaboratif et consultatif, vient s'ajouter à l'influence croissante de l'IFPRI en Afrique subsaharienne, à titre d'organisation engagée dans des travaux collaboratifs avec des organisations nationales, ce qui permet d'obtenir une incidence décuplée sur la planification décisionnelle et la formulation de plans nationaux", précisait Sudhir Wanmali, coordinateur régional de l'IFPRI pour l'Afrique de l'Ouest, basé à Accra (Ghana). "L'IFPRI et ses partenaires en Afrique subsaharienne ont également aujourd'hui la possibilité, inestimable, d'influer sur la politique régionale, qui s'enracinera fermement dans des travaux de fond, reposant sur des thèmes principaux et secondaires de la recherche politique, intéressant toute la région. Ces thèmes prennent rapidement en importance dans les programmes des organisations régionales, notamment l'ECAPAPA et la SADAOC". Pour plus de renseignements, veuillez prendre contact avec Sudhir Wanmati, IFPRI au Centre d'étude des politiques sociales, université du Ghana, P. O. Box 72, Legon (Ghana), télécopie : 233-21-500949, Mél : s.wanmali@cgiar.org.
Un Membre du comité Vision 2020 remporte le prix Nobel Amartya Sen, membre du comité consultatif international Vision 2020 vient de remporter le prix Nobel d'économie pour ses travaux expliquant les mécanismes économiques des famines et de la pauvreté. Son ouvrage de 1981, APoverty and Famines : An Essay on Entitlement and Deprivation@ remet en question l'optique selon laquelle les pénuries alimentaires constituent le principal motif des famines. Amartya Sen vient de se joindre au corps enseignant du Trinity College à Cambridge (Grande-Bretagne), après avoir enseigné notamment à l'université Harvard.
Programme alimentaire mondial : au premier rang de la lutte contre la faim Note de la rédaction : Points de vue 2020 est destiné à engager un dialogue et des débats au travers d'entretiens avec les participants de l'initiative Vision 2020. Dans ce numéro, la rédaction d'ACTUALITÉS & POINTS DE VUE s'est entretenue avec Catherine Bertini, directeur exécutif de Programme alimentaire mondial de l'Onu. Actualités & Points de vue : Qu'avons-nous appris en ce qui concerne les meilleures utilisations de l'aide alimentaire depuis la création du WFP, en 1963? Le but véritable de l'aide alimentaire consiste à aider les populations à vaincre la faim. Pour cela, il nous faut la prendre pour cible. Une alimentation adéquate et les aliments appropriés permettent aux êtres humains de rester en vie et de conserver leurs forces. Si un adulte est dénué d'aliments pendant une semaine, il pourra récupérer. Mais si enfant est privé d'aliments pendant une semaine, il pourrait ne jamais s'en remettre. Nous savons donc qu'il est essentiel de donner aliments aux enfants, aux femmes enceintes et à celles qui allaitent. Nous avons aussi appris, notamment depuis la conférence des Nations Unies sur la Femme, en 1995, étant donné notre objectif - éliminer la faim - il nous faut faire parvenir les aliments aux membres des ménages qui sont responsables de la sécurité alimentaire, et il s'agit des femmes. Nous avons également appris que nous n'avons pas suffisamment de ressources pour nourrir tout le monde, à tout jamais, et que même si nous le pouvions, cela entraînerait un problème de dépendance. Il nous faut donc nous efforcer, à court terme, d'aider les populations à s'aider elles-mêmes, et en priorité, à assurer leur propre alimentation. Actualités & Points de vue : La part de l'aide consacrée au secours d'urgence, dans le monde entier, a sensiblement augmenté. En quoi cette hausse touche-t-elle le WFP ? La part de notre aide consacrée aux secours d'urgence est de 70% et ce chiffre est resté le même ces six ou sept dernières années, et ce, en grande partie, parce que les urgences sont lourdes et complexes. Depuis la guerre froide, la violence ethnique et les changements politiques ont créé des situations où les populations ne sont pas en mesure d'obtenir les vivres dont elles ont besoin. C'est là l'origine de l'accroissement des secours d'urgence. Mais je ne suis pas prête à dire que l'aide alimentaire au développement n'existe plus. Elle reste la base de l'entraide pour que les populations sortent de la pauvreté. Sinon, nous construirons un monde de perpétuelles urgences. Disons que la guerre a disparu, qu'il n'existe plus que des désastres naturels. Si le Texas est frappé par un désastre, il faut bien le dire, le Texas est en mesure d'y faire face. Mais si le Bangladesh est frappé par un désastre, c'est un pays qui ne possède pas les ressources pour y faire face. L'aide alimentaire pour le développement est aussi importante pendant les périodes critiques de la vie : quand on a quatre ans et qu'on n'a pas les aliments nécessaires, l'espérance de vie pourrait n'être que de 40 ans. Si une femme enceinte n'a pas les aliments nécessaires, son enfant pourrait naître avec une insuffisance pondérale. Les enfants de femmes souffrant de malnutrition prennent un mauvais départ dans la vie. Dans ces situations, seuls les vivres peuvent être utiles. Actualités & Points de vue : Comment les pays en développement perçoivent-ils l'aide alimentaire? Selon la quasi-totalité des pays en développement, l'aide alimentaire est critique pour leur développement. Certains pays n'ont plus besoin aujourd'hui de cette aide alimentaire. La Corée du Sud et la Hongrie ont bénéficié de l'aide alimentaire dans le passé et toutes deux sont aujourd'hui des pays donateurs. Il n'existe qu'un seul pays en développement, l'Erythrée, qui ne souscrit pas au type d'aide alimentaire que nous offrons. Selon ses dirigeants, elle est en mesure de l'administrer elle-même. Pour l'Ouganda, l'aide alimentaire est acceptable, mais elle est encore plus utile lorsqu'elle est achetée sur place et distribuée à d'autres pays. Actualités & Points de vue : Plusieurs rapports prévoient un important fossé alimentaire dans les prochaines décennies. Quel rôle jouerait le WFP pour combler ce fossé? Aucune organisation, aucun groupement d'organisations, en peuvent - seuls - éliminer la faim. Nous voulons donc savoir quelles seront les régions les plus vulnérables à l'avenir. Nous avons élaboré un système, nommé "VAM" (Vulnerability Analysis and Mapping - analyse et cartographie des vulnérabilités), où nous saisissons sur ordinateur l'information sur l'infrastructure, l'éducation, les revenus par habitant, toutes sortes de renseignements. Et nous en tirons une carte pointue des endroits où se trouvent les populations les plus vulnérables. Et nous pouvons alors demander quels sont les intrants nécessaires pour les aider à s'aider elles-mêmes à sortir de la pauvreté. Il pourra s'agir d'aide alimentaire ou d'infrastructure. Nous disposons maintenant de ce système dans 28 pays. Et nous voulons le mettre en place dans le monde entier. Actualités & Points de vue : Quelle est votre optique de l'avenir du WFP et de l'aide alimentaire? Je souhaiterais que le WFP dépasse la simple aide alimentaire car il n'y aura plus de populations affamées dans le monde. Mais j'ai travaillé aux Etats-Unis, le pays le plus riche au monde, et j'ai vu que l'on y trouve encore des gens qui ont faim. Je dirai donc, selon moi, le WFP restera l'organisme en première ligne de la lutte contre la faim par l'apport de vivres et en s'assurant que les ressources soient acheminées à ceux qui en ont le plus besoin.
Atelier Vision 2020 pour l'Asie du Sud Une optique collective d'un avenir commun renforcerait et accélérerait sensiblement le développement national et la coopération régionale entre les pays d'Asie du Sud : c'est là la perception des 40 scientifiques et décideurs de cinq pays d'Asie du Sud, qui ont pris part à l'atelier Vision 2020 sur l'Asie du Sud, et qui s'est tenu du 29 au 30 juin à Colombo. Cet atelier, organisé par l'IFPRI et l'Institut Marga, a repris le dialogue entamé lors d'un atelier de 1995, sur le même thème et qui s'était tenu à Katmandou. La réunion de Colombo a repris la Vision 2020 pour l >Asie du Sud à la lumière des importants événements économiques de ces dernières années, intervenus dans la région et ailleurs. G L. Pieris, ministre de la Justice, des Affaires constitutionnelles, des Affaires ethniques et de l'Intégration nationale du Sri Lanka, a inauguré les travaux de la réunion, en notant dans son discours que "les décideurs" sont trop souvent astreints aux impératifs de leurs préoccupations à court terme. Nous ne pouvons trouver des solutions durables aux problèmes à moins d'être guidés par un dessein à long terme de notre avenir". Selon les prévisions de l'IFPRI, si l'Asie du Sud connaissait un taux annuel de croissance moyenne de 5,5% au cours des vingt prochaines années et d'importants investissements dans la santé et l'éducation, d'ici 2020, elle aurait néanmoins quelque 70 millions d'enfants victimes de malnutrition. L'insécurité alimentaire et la pauvreté continueront à toucher environ 200 millions d'habitants. Au vu de ces préoccupations, les participants de l'atelier ont abordé la question des buts réalistes dans plusieurs domaines, croissance économique, production agricole, échanges commerciaux et protection des ressources naturelles, qu'il conviendrait que les pays adoptent afin d'éradiquer la pauvreté, l'insécurité alimentaire et la malnutrition d'ici 2020, en outre des stratégies et des mesures leur permettant d'atteindre leurs buts de façon durable et les principaux domaines de coopération régionale pour accomplir leurs objectifs. La cadence et l'échelonnement des cibles de croissance ont également été abordés, tout comme la nature transversale des problèmes de développement relevés. Les cibles de l'éradication de la pauvreté en quelque dix ans sont claires. A partir de taux de croissance démographiques et économiques réalisables, respectivement de 1,4 et 6,7% par an, les revenus par habitant en Asie du Sud atteindraient un niveau suffisant pour éliminer la pauvreté d'ici 2020 et réduire la malnutrition enfantine d'ici la même date pour atteindre le niveau des pays de revenus moyens, soit environ 10%. Le fossé entre l'offre céréalière et la demande du marché pourrait être virtuellement comblé d'ici 2020 si la production croissait en moyenne de 2,5 à 3% par an. Une augmentation sensible de l'alphabétisation des femmes est également nécessaire pour que les pauvres puissent sortir de la pauvreté. Et le reboisement de 25% des sols permettrait d'atteindre et de maintenir ces résultats. Bien que le but de l'éradication de la pauvreté d'ici 2010 soit réalisable, les efforts visant à atteindre les cibles de la croissance ne permettront pas à eux seuls d'éradiquer la pauvreté. D'autres conditions devront être remplies. Il convient de cibler les pauvres dans le cadre d'un effort plus intégré pour transformer l'environnement économique dans lequel les pauvres vivent. Les participants ont débattu de ces questions et d'autres, notamment du champ d'application pour remplir la demande alimentaire estimative en 2020, l'arrêt et le redressement de la détérioration de l'environnement, et la nécessité d'accord de libre-échange de l'Asie du Sud (ALEAS), ainsi que ses coûts. Le débat relatif aux principales initiatives régionales a englobé l'accord sur les échanges commerciaux préférentiels et l'ALEAS qui jetteraient la base d'une perspective économique d'avenir pour l'Asie du Sud. Les participants ont souligné la nécessité d'une perspective d'avenir analogue sur les questions sociales auxquelles est confrontée la région. Une optique collective d'un avenir commun permettrait d'éliminer la pauvreté au début du siècle prochain et orienter l'Asie sur la voie d'un développement accéléré. Toutefois, pour ce faire, les dirigeants et les décideurs de chaque pays devront se pencher soigneusement sur l'élaboration de buts appropriés pour 2020. Comme le précisait lors de l'atelier Godfrey Gunatilleke, président de l'Institut Marga et membre du conseil de l'IFPRI : "La Vision 2020 pour l'Asie du Sud ne se trouve pas dans un avenir lointain : elle existe aujourd'hui, maintenant. On la voit dans les yeux des enfants de l'Asie du Sud, aujourd'hui". Une synthèse de six pages des débats de l'atelier est disponible auprès de l'IFPRI. Elle s'intitule "The 2020 Vision for Food, Agriculture and the Environment in South Asia : Continuing the Dialogue"(Vision 2020 pour l'alimentation, l'agriculture et l'environnement en Asie du Sud : poursuivre le dialogue), rédacteur-en-chef Godfrey Gunatilleke à l'Institut Marga. Pour recevoir une copie des documents de l'atelier, veuillez contacter Godfrey Gunatilleke, Institut Marga, 93/10 Dutugemunu Street, Kirulapone, Colombo 6, Sri Lanka. Mél : marga@sri.lanka.net.
Comité consultatif international 2020 : de nouveaux membres Le comité consultatif international 2020, chargé d'orienter l'initiative Vision 2020, reçoit quatre nouveaux membres :
Dr Bernd Eisenblätter
M. Dean R. Hirsch
Dr. Moïse Mensah
M. John Evans Atta Mills Le comité consultatif international est président par le président de l'Ouganda, M. Yoweri Museveni et y siègent des dirigeants d'organismes bailleurs de fonds, des décideurs de pays en développement, des dirigeants de la société civile et des chercheurs du monde entier. Pour recevoir une liste complète des membres du comité, veuillez contacter Rajul Pandya-Lorch, coordinateur de l'initiative Vision 2020.
Courrier des lecteurs En qualité de spécialiste de la lutte phytosanitaire depuis quelque 30 ans, j'ai été ravi de pouvoir prendre part au débat sur la lutte phytosanitaire qui s'est tenu à l'IFPRI en Septembre (consulter AL'Avenir de la lutte phytosanitaire et de la production alimentaire, page 2). Un certain nombre de points ont été relevés au cours de cette rencontre : premièrement, il existe de fait une divergence de réflexion sur la nature de la lutte phytosanitaire portant principalement sur le rôle des pesticides. Voici une définition affinée au cours de nombreuses années de collaboration avec les agriculteurs, les ONG et les scientifiques des pays industrialisés et en développement : la lutte phytosanitaire se compose d'activité de gestion, réalisées par des agriculteurs, pour maintenir l'intensité des parasites potentiels à un niveau inférieur à celui auquel ils deviennent des parasites, sans mettre en danger la productivité, ni la rentabilité du système agricole dans son ensemble, ni la santé de la famille agricole et de son bétail, ni de la qualité des environnements adjacents ou en aval. Cette définition n'exclut pas l'inclusion des pesticides dans une stratégie de lutte phytosanitaire. En revanche, elle définit la manière dont il convient d'y avoir recours. Elle s'axe également sur la famille agricole et la pérennité de son exploitation. Deuxièmement, nous avons appris que 50% de la production alimentaire mondiale disparaît en raison des parasites. Pourquoi le CGIAR concentre-t-il donc son attention sur (1) la recherche pédologique et hydrique, thèmes qui résistent en grande partie à tout progrès depuis la création du CGIAR et dans son contexte, et (2) la biotechnologie/amélioration génétique, où les progrès se mesurent d'ordinaire uniquement en augmentations de 1 à 2%, par an ? Le CGIAR sera uniquement en mesure de faire la démonstration d'une incidence en prenant à parti les contraintes les plus importantes entravant la production (qui diffèrent sensiblement selon les cultures) et en écartant les questions périphériques aux activités spécifiques aux sites, possédant des antécédents de réussite. Troisièmement, le CGIAR s'est avancé vers une démarche proactive de lutte phytosanitaire en encourageant des projets englobant tout le système. Toutefois, en raison de l'axe appuyé sur la gestion des sols et de l'eau et la biotechnologie, un vide partiel s'est créé. Il convient de former de nouveau partenariats pour que les programmes nationaux bénéficient de l'aide qui leur est nécessaire pour résoudre leurs problèmes de parasites de façon efficace et durable, ce qui est réalisable en constituant de nouveaux partenariats entre (1) les organisations bilatérales de développement technologique, (2) les entreprises du secteur privé désireux de promouvoir des solutions durables aux problèmes phytosanitaires, (3) les ONG sensibles aux besoins et situations technologiques des communautés agricoles, et (4) une organisation de coordination. La Banque mondiale conviendrait aux fonctions de coordination en raison de sa compétence mondiale et de la reformulation récente du rôle essentiel qu'elle pourrait remplir dans la promotion de la recherche agricole internationale, notamment relative à la lutte phytosanitaire.
Dr. John A. Wightman
Vision 2020 Vision 2020 pour l'alimentation, l'agriculture et l'environnement est une initiative de l'Institut international pour la recherche alimentaire (IFPRI) destinée à identifier les solutions afin de remplir les besoins alimentaires mondiaux futurs, tout en atténuant la pauvreté et en protégeant l'environnement. ACTUALITÉS & POINTS DE VUE s'efforce de stimuler le dialogue et d'informer ses lecteurs de l'évolution de l'initiative Vision 2020. Pour tout commentaire sur les articles parus dans ACTUALITÉS & POINTS DE VUE, ou pour obtenir un complément d'information sur Vision 2020 et ses publications, prière de contacter l'IFPRI au 1200 17th Street, N.W., Washington (D.C.) 20036-3006, Etats-Unis d'Amérique, tél. 1-202-862-5600, télécopie 1-202-467-4439, courrier électronique : ifpri@cgnet.com. L'IFPRI se réserve les droits d'extrait et de révision des articles proposés pour publication dans ACTUALITÉS & POINTS DE VUE. L'IFPRI est un centre de recherche du Consultative Group on International Agricultural Research (CGIAR - Groupe consultatif sur la recherche agricoles internationale) IFPRI holds the copyright to its publications and web pages but encourages duplication of these materials for noncommercial purposes. Proper citation is required. |